logo-nicolas-blanc.png

Les Chrétientés Celtiques

Source de toutes choses

Mammen pep tra

Donne-nous protection,

Ro dimp da Warez

Et avec la protection,

la forceha gant Gwarez, Nerzh

Et avec la force, le savoir,

ha gant nerzh, Poell

Et avec le savoir, la connaissance,

ha gant poell, gouzout

Avec la connaissance, la connaissance de ce qui est juste et droit,

ha gant gouzout, dibab 'pezh 'zo reizh

Et connaissant ce qui est juste et droit, l'aimer,

ha dre anaout ar reizh e garout

Et aimant ce qui est juste et droit, aimer tout ce qui est vivant,

ha dre e garout, karout 'pezh 'zo bev

Et aimant tout ce qui vivant

hag dre garout pep buhez

aimer la Source de toutes choses,

karout Mammen pep tra

Dieu et toute bonté.

Doue ha pep Daioni

L'ANTIQUE EGLISE CELTIQUE ET SA RESTAURATION

 

Monographie rédigée par l'évêque ILTUD, responsable de l'église celtique en Bretagne.

 

Il y eut, de longue date, des rapports entre la Terre Sainte de Palestine et la Bretagne. Les navigateurs phéniciens faisaient le commerce de l'étain breton qui avait même servi dans la construction du célèbre Temple de Salomon, à Jérusalem. Et c'est naturellement par la route de l'étain que, si l'on en croit de vénérables traditions britanniques, Jésus pendant sa vie cachée visita la Grande-Bretagne, en compagnie de Joseph d'Arimathie(1) son parent, riche commerçant palestinien.

Jésus aurait même profité de son séjour en Bretagne, pour suivre les enseignements de l'important collège druidique d'Avalon-Glastonbury(2) (Somerset) situé entre le Pays de Galles et la Cornouaille.
Si Jésus avait pu étonner, dès l'âge de douze ans, les docteurs du Temple de Jérusalem, quel échange spirituel étonnant dut-il se produire en Avalon : Jésus apportant par avance et par faveur spéciale aux Bretons, la bonne nouvelle de son message d'Amour, et les druides bretons acceptant Jésus parmi eux, comme l'écrira, plus tard -vers 550- le druide Taliésin : « Christ fut dès l'origine notre Maître, et nous n'avons jamais perdu son enseignement » ; ou, Comme l'écrit saint Gildas (+ 570)(3) , Moine d'Avalon: « Christ, le Vrai Soleil, apporta Sa Lumière, la connaissance de Ses préceptes à cette île ». Il s'agit d'Avalon Glastonbury qui était autrefois une île entourée de marécages.

A cette tradition, est greffée celle de Joseph d'Arimathie qui, quelque temps plus tard vers l'an 37, se retira à Glastonbury avec quelques compagnons, y apportant le Sacré Graal, c'est-à-dire la coupe précieuse qui aurait été utilisée par le Christ à la Sainte Cène et qui aurait servi à recueillir du sang de Jésus sur la croix du Golgotha. De la maison que Jésus avait habitée, lors de son séjour en Avalon, Joseph d'Arimathie aurait fait la première église d'occident. C'était une simple petite masure de torchis qui fut littéralement enchâssée, par la suite, dans une construction plus importante, au-dessus de laquelle fut édifiée l'église abbatiale de Glastonbury. Ce précieux souvenir, si vénéré par les pèlerins et appelé "le Secret du Seigneur", fut détruit par le feu lors de l'incendie de l'abbaye de Glastonbury, en ll84.

Joseph d'Arimathie n'aurait pas été le seul à apporter le christianisme en Bretagne. Saint Aristoboulos (4)(5), beau-père de saint Pierre et disciple chypriote de saint Paul qui le cite dans une épître, s'installa à Llanilid, au Pays de Galles, vers l'an 54. C'est aussi une tradition conservée par l'église Grecque.
On connaît la formidable expansion des chrétientés celtiques en Grande-Bretagne, en Irlande , en Amorique, en Gaules, dans toute l'Europe et jusque Kiev en Ukraine, jusqu'à leur "assimilation" par l'église romaine, réalisée au XIIe siècle. Tous les Saints bretons qui ont laissé leur nom à de si nombreuses paroisses, en Bretagne armoricaine, et dont on célèbre encore les pardons, étaient des saints celtiques (6). Les chrétientés celtiques avaient eu la particularité remarquable de s'insérer sans bouleversement dans le monde celtique ; Il n'en sera plus de même quand le contrôle de ces communauté aura été pris en main par la puissante église romaine, au XIIe siècle, en s'appuyant d'ailleurs sur le bras séculier des envahisseurs anglo-saxons, francs, germains ou normands.

Rappelons que la principale caractéristique des anciennes chrétientés celtiques était de professer un christianisme authentique qui ne devait rien a l'ordre romain. Le christianisme était venu chez les Celtes directement du Moyen-Orient, par la route de l'étain. Il n'avait pas été introduit dans les bagages des légionnaires ou fonctionnaires romains. Rappelons encore que ni l'Irlande ni l'Ecosse ne furent occupées par les Romains.
L'expansion des chrétientés celtiques s'est faite à partir des Pays celtiques (Irlande, Écosse, Grande- et Petite-Bretagne) vers l'est, à travers toute l'Europe. Même l'Italie du Nord (Gaule cisalpine) fut un foyer de chrétienté celtique avec l'important monastère de Bobbio fondé par saint Colomban. Les rites liturgiques celtiques étaient particuliers, avec une date de Pâques très primitive qui semblerait avoir correspondu avec la lune montante du signe du bélier.

La juridiction ecclésiastique, était personnelle (ad-personam), contrairement a celle de Rome qui est territoriale, puisque calquée sur l'empire romain.
Il n'y avait ni basiliques ni cathédrales, mais seulement de petites constructions légères à l'instar de la "Maison du Seigneur" de Glastonbury. Le clergé était naturellement marié. Il y avait une multitude d'évêques, plus encore qu'il n'y a de recteurs actuellement en Bretagne. Le monachisme, sans doute dérivé des antiques collèges druidiques, était prééminent et atteignit une densité atteinte nulle part ailleurs dans toute la chrétienté (sauf peut-être au Mont-Athos), avec des milliers de moines ayant chacun leur petite cellule de branchages ou de pierres sèches. les monastères pouvaient être mixtes et dirigés par une abbesse. Les abbés avaient d'ailleurs une importance supérieure à celle des évêques transmetteurs traditionnels des saints ordres apostoliques.
Les familles monastiques étaient multiples et décentralisées. C'était un christianisme communautaire, rural, mystique, empreint de merveilleux, ascétique jusqu'à l'héroïsme, où la virtuosité s'associait à l'imagination jusqu'à la démesure, avec des postures de prières et de méditation de type yogique. C'était un christianisme actif et contemplatif à la fois, en perpétuel mouvement, en perpétuelle "queste" aventureuse, gyrovague, la pérégrination étant aussi considérée comme une ascèse ; christianisme non doctrinal, mais néanmoins entier et sans compromission, d'une foi a soulever les montagnes, épris de liberté et de recherche de l'absolu !

Voici quelques dates significatives de la fin des chrétientés celtiques en tant que telles :

  • 1100 : extinction du feu perpétuel des moniales de Sainte Brigitte de Kildare (7), par un évêque de Dublin acquis a la Cause romaine.

  • 1148 : condamnation, par le Pape Eugène III, du mystique breton Eon de l' Etoile.

  • 1155 : bulle « Laudabiliter » du Pape anglais Adrien IV (8), autorisant le roi d'Angleterre a conquérir l'Irlande. (la Terre des Saints) ,"en vue d'étendre les bornes de l'Église.

  • 1184 : destruction par le feu de l'abbaye d'Avalon-Glastonbury.

  • 1199 : bulle du pape Innocent III (1198-1216) soumettant les évêchés bretons à la métropole de Tours.

  • RESTAURATION DE L 'ANTIQUE EGLISE CELTIQUE

  • A travers les divers courants catholiques, tels que bénédictins et cisterciens, ou encore les chanoinesses de Remiremont, lointaines descendantes des moniales de sainte Brigitte de Kildare (9), ou encore par des courants issus de la Réforme , on trouverait sans peine une persistance "celtique". Mais il fallut attendre 1866 pour une restauration "canonique" de l'antique Église celtique -n'oublions pas d'ailleurs que l'époque de la celtomanie y prédisposait naturellement-
    C'est un prêtre dominicain français, le R. Père Jules Ferrette qui fut à l'origine de cette restauration. Il avait été missionnaire au Moyen-Orient, et il fut consacré évêque par le patriarcat Syro-Jacobite d'Antioche et canoniquement nommé : « évêque pour l'île d'Iona et ses dépendances », titre choisi en connaissance de cause du fait de l'importance capitale que tint cette petite île écossaise, haut-lieu monastique, dans l'histoire de l'expansion des chrétientés celtiques(10).

  • En 1874, Mgr Jules Ferrette consacra le clergyman, militant gallois, Richard Williams Morgan(+1899); sous le nom de Mar Pélage(11), premier patriarche de l'ancienne église celtique autocéphale restaurée. Son successeur actuel, depuis 1945, est le patriarche Mgr Georgius (Hugues Georges de Willmott-Newman) (12) de Glastonbury qui, par humilité, a pris le titre d'archevêque-apostolikos de l'Église orthodoxe des îles britanniques. La restauration en Bretagne se fit par des voies différentes.

  • Elle commença seulement en 1955, par l'installation à Saint-Dolay, dans le Morbihan, près de la Roche-Bernard, d'un ermite, nommé Jean-Pierre Danyel, breton d'origine malouine, bien que né en Normandie. On ne peut nier l'influence, somme toute favorable pour son orientation celtique, qu'eurent sur lui quelques militants bretons et l'aumônier de l'Église Catholique Orthodoxe de France à Rennes, le Père Patrick Gérard. Toujours est-il que, le 22 novembre 1955, en la fête de saint Colomban, Jean-Pierre Danyel -qui avait pris le nom de Tugdual(13)- décidait de restaurer l'Ordre des Moines de saint Colomban. L'année suivante, il était béni abbé par un archevêque gallican et enfin, en 1957, il était consacré évêque dans l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, par un archevêque gallican, un archevêque ukrainien et un évêque suisse, avec mission canonique précise « de présider à l'entière restauration de la Sainte Église Celtique, avec ses rites, son monachisme, sa culture et ses coutumes celtiques » .

  • Malgré l’éloignement, hors des voies principale de communication, l'ermitage de Sa Blancheur Tugdual (14) était abondamment visité par toutes sortes de fidèles , attirés les uns par l'insolite, les autres par l'esprit mystique qui soufflait en ces lieux, d'autres par la recherche mystique, d'autres encore pour les dons d'exorciste et de thaumaturge du nouvel évêque celte.
    C'était une forte personnalité, d'une très grande culture, ayant étudié successivement les théologies romaine réformées et orthodoxe. Excellent liturgiste, il est l'auteur d'une très belle grandes liturgie néo-celtique(15) qu'il affectionnait particulièrement et célébrait, entièrement chantée pendant deux bonnes heures, et de trois petites liturgies adaptées et complètes.
    Ses conceptions ecclésiales devançaient déjà les idées qui allaient se faire jour au concile romain de Vatican II, ce qui ne l'empêchait pas de prévoir l'issue du concile, les fissures de l'église romaine, et de dénoncer le faux oecuménisme des églises dominantes. Philosophe et poète de surcroît, il écrivit de nombreux textes sous pseudonyme. Son abord, parfois sévère et cassant, cachait un homme au coeur d'or et ceux qui n'avaient pas la patience de le découvrir pour mieux l'apprécier risquaient fort d'être découragés. C'est ainsi que, sur les derniers temps de sa vie, il s'aliéna presque tous ses fidèles et amis et se replia délibérément sur sa vie érémitique.

  • Parfaitement conscient des difficultés de l'oeuvre de restauration qu'il avait entreprise en Bretagne, il n'ignorait pas la restauration réalisée en Grande-Bretagne et il avait chargé ses auxiliaires Gall et Iltud d'établir le contact. Ce contact était déjà établi en 1968 lorsque S.B. Tugdual fut brutalement emporté par une brève maladie. Les conditions précaires de sa vie ascétique et l'humidité de sa retraite du Bois-Juhel étaient venu à-bout d'une constitution déjà minée par cinq années de captivité de guerre. L'enterrement fut célébré par Mgr Gall au cimetière de Nantes.

  • Personnage controversé en raison de son caractère excessif, il n'en reste pas moins que S.B. Tugdual fut le pionnier de la restauration de l'Église celtiques en Bretagne.
    Le contact avec les Frères de Grande-Bretagne fut sanctionné par une confirmation solennelle des ordres sacrés des évêques bretons Gall et Iltud et par la reconnaissance canoniques de l'Église celtique en Bretagne, comme église autocéphale, sous la haute protection de Sa béatitude le patriarche Mar Georgius de Glastonbury. Ainsi la restauration de l'église celtique en Bretagne était-elle homologuée et cautionnée par l'église celtique de Grande-Bretagne.

  • Alors que S.B. Tugdual avait surtout touché les milieux ruraux de la Bretagne Gallo, voilà que le centre de gravité de 1'Église celtique en Bretagne allait bientôt se déplacer en Trégor bretonnant, avec l'installation dans le village des Sept-Saints d'une communauté de moines Colombaniens qui n'allait pas manquer de faire parler d'elle, en particulier à cause de l'utilisation de la très belle chapelle du lieu, autorisée tout d'abord par les autorités civiles et religieuse , puis brutalement interdite par évêque romain de Saint-Brieuc.

  • Une nouvelle caractéristique de l'Église celtique, est l'afflux de jeunes, venant de partout. Un effort sérieux de recherches liturgiques fut entrepris en breton et en français et de nombreux textes et chants liturgiques furent édités en langue bretonne, et notés en grégorien.

  • La, communautés, devenue rapidement trop étroite, essaime : un nouveau moûtier se fonde en Anjou, le « Mouster Wenn » puis l'Ordre Monastique Celte des Chanoinesses Colombanites et du Sangréal et plusieurs petites communautés familiales rurales dispersées ; tandis qu'aux sept-Saints se crée, en 1970, un épiphénomène de l'église celtique : « L'Ordre Monastique d'Avallon ».

  • L'ORDRE MONASTIQUE D'AVALLON

  • Cet Ordre a la particularité de n'être ni confessionnel ni ecclésiastique et c'est précisément ce qui lui permet de s'ouvrir à tous les jeunes en recherche. Il fonctionne par lui même, indépendamment de l'Église celtique, avec laquelle il reste très lié fraternellement. L'Ordre monastique d'Avallon, dépassant le cadre chrétien traditionnel, s'est axé à la fois sur les traditions druidiques, christiques et orientales. Il a, à son tour, essaimé.

  • L'église Celtique moderne s'inscrit dans la grande tradition celtiques druidique à laquelle les principes christiques eux-mêmes universels appartiennent. L'église celtique moderne se considère comme héritière des anciens druides, bardes, ovates et filids (devenus évêques, abbés, prêtres et moine) des antiques chrétientés celtiques, et à ce titre, se considère comme druidique et co-responsable du maintien des vénérables traditions, de la pensée et de la culture celtiques. L'Eglise celtique n'hésite d'ailleurs pas à donner au Christ le titre de Druide comme S. Colomba d'Iona (16) le faisait déjà.

  • Non seulement les moines celtes n'ont pas détruit la tradition pré-chrétienne mais au contraire ils l'ont conservée, prolongée, voire renouvelée, Nous ne saurions rien de notre antiquité si les moines celtes, libérés de l'interdiction d'écrire, n'avaient transcrits eux-mêmes les épopées celtiques qui étaient encore dans la mémoire des bardes et des druides de leur temps - lorsqu'ils n'étaient pas eux-mêmes des bardes, druides, ovates ou filids (17)-. Les moines celtes ont été à la fois les lettrés et les maîtres spirituels de l'occident.
    Toute la civilisation occidentale en a été profondément marquée même si le classicisme du XVlle siècle s'est focalisé sur le monde gréco-latin dont les manuscrits avaient aussi, été retranscrits par les copistes celtes !

  • Dans Église celtique moderne, il n'est pas fait de distinction entre les membres et les non-membres. tous sont fraternellement accueillis, quelles que soient leurs origines et convictions. Les dons du Saint Awen (Esprit) Vivifiant, des sept sacrements et des sacramentaux sont à la disposition de tous.
    Les catholiques romains doivent savoir qu'ils sont d'ailleurs autorisés, en vertu d'une décision vaticane d'octobre 1973, à utiliser nos Ministères étant donné que nous sommes une Église traditionnelle dont les ordres et sacrements sont parfaitement valides dans l'Église Une, Sainte, Catholiques et Apostolique.
    L'église celte est une église pauvre, sans étalage de luxe et sans tarifs, ouverte à tous. Si le célibat est honoré, le mariage n'est interdit à aucun clerc. Tous les saints ordres mineurs et majeurs de l'église Universelle sont en honneur et accessibles à tous même aux femmes mariées, jusqu'au diaconat. Tous quelle que soit leur situation peuvent accéder aux différents ministères de l'église s'ils sont appelés et exercer dans leur famille, leur quartier, leur village, comme ouvrier-prêtre, paysan-prêtre, employé-prêtre, ou évidemment moine-prêtre.

  • Le monachismes celtique moderne est particulier, car il comporte à la fois une vie active dans le Monde, avec pérégrinations considérées comme une ascèse en alternance avec la retraite, joignant la vie collective à la vie active, sans oublier la compassion et l'Amour pour son prochain, les animaux et la nature.
    l'Église celtique insiste sur le sens du sacré, insiste sur l'expérience spirituelle intérieure sur la connaissance de Dieu dans toute la nature et dans tous les hommes, encourage la recherche des lois spirituelles enseigne des techniques spirituelles de prière et de méditation et rappelle la règle d'or du christ :

  • « faites aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent ». (Mat. VII, Luc VI; 31)